1789 - Au temps de la révolution

     Un bond de trois siècles dans l’histoire nous amène aux abords de la Révolution de 1789 qui, on le sait, va transformer très profondément notre pays.

Mais avant d’en arriver là que s’est-il passé au village de Walincourt ?

     L’histoire locale a conservé le souvenir de quelques évènements marquants. Ainsi :

  • - En 1545, l’église paroissiale a reçu l’urne baptismale en pierre qui aujourd’hui encore meuble ses fonds baptismaux.
  • - En 1631,  Guillaume de Melun, seigneur de Walincourt a fermé les portes de l’hôpital Saint-Nicolas au motif qu’il ne recevait plus que des gens « vagabonds et malvivans »
  • - En 1678, avec tout le Cambrésis, Walincourt a été rattaché à la couronne de France par la paix de Nimègue que Louis XIV a signée avec le roi d’Espagne.
  • - En 1735 Marie Lydie Albertine de Melun a fait reconstruire la demeure seigneuriale : le château féodal a laissé la place à un bel hôtel particulier érigé selon les plans de l’architecte Michel François Playez de Douai.
  • - En 1773, quatre vingt dix maisons, soit près du quart des propriétés bâties, ont été détruites par un incendie qui par chance n’a fait qu’une victime, Marie-Marguerite LAMOURET, veuve de Jean CAULIER, âgée de 78  ans.

     Mais ce qui retiendra surtout notre attention, ce sont les deux documents qui suivent et qui expriment respectivement l’évolution de la population de Walincourt au cours des siècles et l’occupation de son terroir en 1804. 

Si l’on considère d’un côté la forte augmentation de la population dans la seconde moitié du XVIIIème siècle et de l’autre la relative exiguïté d’un espace agricole qui stagne, on se trouve confronté à une apparente contradiction. Comment parvenir à nourrir ces bouches supplémentaires dans ces conditions ?  

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 Évolution   de la population de Walincourt     

 

 

 

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Occupation du   terroir de Walincourt en 1804

Comment davantage de bouches peuvent-elles trouver à se nourrir
sur un espace agricole qui reste le même ?

 

     En fait la lecture de l’état civil du village au XVIIIème siècle permet de dépasser cette contradiction. Désormais en effet, dans les déclarations faites au curé de la paroisse qui tient l’état civil, la référence aux métiers de la terre est devenue quasiment exceptionnelle. Les Walincourtois ne se revendiquent plus comme un peuple de paysans mais comme un peuple de mulquiniers et de fileuses. Tout en vaquant à leurs occupations de ménagères et de mères de famille, les femmes filent le lin que leurs hommes tissent sur l’étile (métier à tisser  à main) installé dans la cave, là où le fil trouve une humidité suffisante pour ne pas se rompre.

 

LA CAVE DU MULQUINIER
cave du mulquinier 1 cave du mulquinier 2 cave du mulquinier 3

 

     Ainsi, pas moins de 300 métiers battent dans les caves de Walincourt à la veille de la Révolution, 300 métiers qui dans ces caves ouvertes sur la rue,  produisent batistes, gazes et linons.  

     Mais cela ne signifie pas que l’on ne va plus aux champs. Tous continuent de cultiver le jardin, le lopin de terre loués au seigneur, aux chanoines ou aux moines de l’abbaye. Dans l’étable attenant à la pièce à vivre on continue d’élever une vache, un cochon. Lorsque le travail vient à manquer sur le métier, on cherche à se louer comme « manouvrier » aux champs.

     Mais dans les têtes, le lien au métier a supplanté le lien à la terre. C’est le métier à tisser qui désormais confère le statut social.  

     Gardons nous toutefois de penser que cela constitue un progrès social. C’est désormais, et en premier lieu, le salaire qui assure le pain quotidien. Mais le salaire est irrégulier, fluctuant. A la précarité qu’engendrait une agriculture vivrière toujours soumise aux aléas de la météo, a succédé une autre précarité engendrée par les aléas du commerce du textile. Dans ces conditions, le grain vient-il à manquer, son prix vient-il à flamber et c’est tout le village qui se retrouve dans la gêne. 

     On ne sera donc pas surpris d’apprendre qu’au printemps de 1789, lorsque sévira la disette, les petites gens de Walincourt seront parmi les premiers qui se révolteront dans le Cambrésis. Emeutes de la faim. On ira piller le château, le chapitre et l’abbaye, là où l’on saura pouvoir trouver le blé qui fait si cruellement défaut. Mais on aura bien noté qu’on ne s’en prendra qu’aux biens et non aux personnes. Et ce constat nous amène à nous interroger sur les liens que la communauté villageoise entretient avec les ordres privilégiés, seigneur, chanoines, moines, avant que la révolution ne proclame le principe d’égalité entre tous les hommes. 

     Considérons d’abord la relation que le village entretient avec le clergé. Le clergé pour le petit peuple de Walincourt c’est avant tout le curé de la paroisse dont on retrouve le nom dans les registres d’état civil : Lambert, Larmé … Comme c’est la règle à l’époque, l’Eglise, ses rites, ses exigences, sa morale, encadre vigoureusement la communauté villageoise. Mais on notera que cette relation de dépendance est assez fortement perturbée par l’existence d’une communauté protestante qui en 1778 regroupe 35 familles (sur 290), 141 personnes (sur 1083) et qui continue de souffrir de la révocation de l’Edit de Nantes prononcée en 1685. L’état civil qui, décidément, est une source précieuse d’information, rend bien compte de la violence des rapports entre l’église et ceux qu’elle considère comme des « hérétiques ». Ainsi les enfants nés de parents protestants mariés à Tournai sont considérés par elle comme illégitimes. La mort elle-même ne suffit pas à apaiser les tensions. Mais laissons plutôt le dernier mot au curé Lambert couchant dans ses registres l’annonce du décès d’un « hérétique » : 

« L’an mil sept cent trente-neuf, le six d’avril est décédé subitement (m’a-t-on dit) le nommé François Huttin, insigne et obstiné hérétique de cette paroisse âge de plus de quatre-vingt ans dont il en avoit passé plus de quarante dans la profession déclarée du calvinisme, ou pour mieux dire d'une véritable irreligion et enterré (m’a-t-on asseuré) dans son étable, digne sépulture d'une telle vie ». 

« L’an mil sept cent cinquante-trois, le quatorze d'avril est décédée Marie Françoise Sourmaye, ancienne et obstinée huguenote depuis plus de trente-cinq ans, âgée de soixante ans, femme au nommé Jacques Proy dit La guinguette, doublement apostat et relaps après avoir abjuré et séducteur de sa dite femme, encore vivant dans cette paroisse, laquelle, dit-on, a été enterrée dans sa grangette ou écurie, digne sépulture d'une telle vie ». 

« L’an mil sept cent cinquante-quatre, le dix-sept de janvier est décédé André Cattelain, hérétique déclaré ou plutôt sans aucune religion mais obstiné contre l'église catholique âge de soixante douze ans et enfoui dans son jardin le dix-huit du même mois ».

     Et les relations avec le seigneur ?

     Depuis la fin de l’année 1746, la seigneurie de Walincourt est passée de la maison de Melun à la maison de la Woestine. Maximilien est une sorte de gentleman farmer qui réside sur son domaine, l’administre avec rigueur, améliore les chemins qui y conduisent, fait cultiver, dans les dépendances de son château, de belles plantes et des arbres, dont il dresse le catalogue raisonné, avec leurs propriétés médicinales et leur utilité pour l'industrie.

     Cette volonté de restaurer un domaine qui avait été très délaissé le conduit aussi à vouloir réactiver des droits seigneuriaux tombés en désuétude. Ainsi se met-il en tête de faire revivre la banalité de ses moulins. Clary, Selvigny résistent, lui intentent un procès, le gagnent. Walincourt se soumet. 

     Autre épisode révélateur du climat social dans le village : l’incendie de 1773 évoqué plus haut. La Gazette des gazettes dans sa livraison d’octobre 1773 raconte : « Le 16 du mois dernier (septembre 1773), un incendie réduisit en cendres, au village de Walincourt, en Cambrésis, plus de cent maisons avec tous les meubles et une partie des bestiaux qu'elles renfermaient. Le vent était si violent que, malgré les secours qu'on y apporta, on ne put arrêter le progrès des flammes. Il n'y a eu qu'une femme de brûlée. Le Seigneur du lieu [François Maximilien, fils du précédent] a donné, dans cette occasion, les plus grandes preuves de charité. Il a retiré dans son château, les malheureux qui se sont trouvés sans asile, et a fourni aux autres incendiés, tous les secours qui pouvaient dépendre de lui. Les Etats et le Vicariat de Cambrai ont concouru à cette bonne oeuvre ».

     On le voit, la relation que le village entretient avec son seigneur semble très éloignée de la tension qui peut prévaloir ailleurs. Jean Baptiste BLIN ira même jusqu’à écrire dans sa notice historique sur Walincourt parue en 1871 : « [François Maximilien] s’était fait aimer à Walincourt par l’aménité de son caractère et son désintéressement. On raconte qu’il lui arrivait souvent dans les ventes de bois, d’arrêter les enchères pour empêcher les amateurs de payer trop cher ». Et lorsque la Révolution aura balayé l’ancien ordre social, toujours selon BLIN, les walincourtois ne feront « aucune démarche pour nuire à leur ci-devant seigneur ».

     En fait c’est à Cambrai dans son hôtel particulier de la rue des rôtisseurs que sera scellé le sort de François Maximilien et de sa seconde épouse Marguerite. Arrêtés par le sanguinaire Joseph LEBON le 9 mai 1794, ils seront guillotinés le 12.  

 

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Ancien Hôtel du marquis de Becelaer sis au n°58 de  la rue des rôtisseurs à Cambrai.       

 

 

 

     Il reste à découvrir avec précision le sort réservé à l’ensemble des biens du marquis. On notera simplement que déclaré « bien national », le moulin sera mis en vente. 

   Ainsi s’achève le second âge du moulin. En tant que symbole de la puissance seigneuriale et de son emprise sur la société, il aura résisté aux transformations profondes qui, à partir du XVIIème siècle, ont affecté l’ordre économique et social du village. Mais dans sa dimension symbolique il ne résistera pas à la tourmente révolutionnaire ; il entrera alors dans le troisième et dernier temps de son histoire au cours duquel il n’existera que pour ce qu’il était fondamentalement: une entreprise industrielle ordinaire.
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