1914 - A la veille de la Grande Guerre

     La révolution ayant libéré le droit de  mouture, quiconque le souhaite et en a les moyens, peut désormais construire un  moulin ou racheter et faire valoir un moulin existant. Ainsi, dès 1804 dans l’arrondissement de Cambrai, on compte pas moins de 200 moulins à  farine dont une cinquantaine mus par l’eau et le reste par le vent.

     A Walincourt même, l’histoire a gardé  le souvenir :

  • - du moulin BOTTIAUX construit à proximité du moulin Brunet en 1811 et détruit par un incendie en 1851
  • - du moulin GERVAIS ou moulin Magueux construit en 1851 et détruit en 1897
  • d’un premier moulin   BRUNET construit par Jean-Baptiste BRUNET en 1874 et abattu par son fils   Arthur en 1894, ce fils qui reprend alors l’ancien moulin banal auquel on   finira par donner son nom.

A l’image du moulin MAGUEUX, ces trois  moulins construits au XIXème siècle étaient en bois sur pivot central. 

Toutefois, la liberté d’entreprendre ne  peut expliquer à elle seule le développement de la meunerie à Walincourt et  ailleurs. Si les moulins se multiplient c’est bien d’abord parce qu’il y a du  grain à moudre, en quantité croissante dans une société où le pain reste  l’aliment de base d’une population qui d’ailleurs finira par s’organiser pour en contrôler le prix.

Et si la quantité de grain à moudre  croît, accompagnant en cela l’accroissement de la population, c’est parce que  les rendements progressent. 

On était en moyenne à 14 quintaux à  l’hectare sous Napoléon ; on est aux environs de 25 quintaux sous Clémenceau.   

Et ces moyennes cachent des écarts  importants : en vérité on est à 32 quintaux dans l’arrondissement de Cambrai.

Explication : entre deux, l’agriculture  connaît des changements, plus ou moins rapides, plus ou moins radicaux, selon  les endroits.

Par exemple : changements au niveau des  méthodes de culture marquées par :

  • La disparition de la   jachère
  • La diversification des   assolements, avec, dans le Cambrésis en particulier, l’introduction massive de   la betterave sucrière
  • Le recours aux engrais   et aux amendements

Par exemple encore : changements au  niveau de l’outillage

  • Pour les labours, la   charrue binot recule devant le brabant
  • Le fer remplace le   bois dans la herse, le rouleau …
  • Les machines agricoles   font leur apparition (moissonneuses, faucheuses, batteuses…)

Dans le cas particulier de Walincourt,  mais dans des proportions qui restent à identifier, il faut encore citer  l’extension de l’espace agricole par le défrichement de la forêt. 

D’une certaine façon on peut donc  affirmer que grâce à cette évolution, le XIXème siècle apparaît comme le siècle  d’or des moulins qu’ils soient à vent ou à eau.

Quant aux hommes qui sont à la manœuvre  au moulin, une fois encore c’est vers le précieux état civil  que nous nous  tournerons pour tenter de les approcher : il garde le souvenir des meuniers de  notre moulin BRUNET.

Ainsi retiendra-t-on les noms de  Charles François COUPEZ et de son frère Constant Xavier : l’un et l’autre  apparaissent dans les années 40. Charles François est né à Prémont, il décèdera  à Beaurevoir ; il se déclare meunier au jour de son mariage en 1841 mais à  partir de 1846 on l’enregistre comme cultivateur.

Entre temps est apparu une autre grande  famille de meuniers : les ROHART. Ainsi en 1844, Charles vient déclarer la  naissance d’Elize et parmi les témoins on note un certain Constant PROUVIEZ  déclaré comme « chasse-mulet », ce qui dans l’état civil correspond à l’une des  innombrables déformations subies par le nom de « chasse-manée ». Une bonne  vingtaine d’années plus tard, voici Louis qui vient déclarer la naissance de  Catherine et l’un des témoins est Félix GERVAIS, meunier de son état en son  « moulin  Magueux ». Enfin dans les années 80, c’est autour de Félix d’entrer en  scène.

Qu’il s’agisse des COUPEZ ou des  ROHART, ils ne sont pas natifs de Walincourt et sauf erreur, ils n’y rendront  pas l’âme non plus. Et l’on touche ici à l’une des caractéristiques du peuple  des meuniers. Peuple migrateur qui d’un moulin à l’autre va chercher fortune, et  change de métier quand la fortune tarde à venir. Peuple solidaire aussi : on les  retrouve souvent comme témoins des mariages, des naissances ou des décès dans  les familles de leurs confrères.

Très différent toutefois est le cas  d’Arthur BRUNET qui prend les commandes du moulin en 1894. Il appartient à une  ancienne et véritable dynastie dont les racines connues à ce jour plongent dans  le terroir de Walincourt et des villages voisins : Selvigny, Dehéries … Curieux  bonhomme que cet Arthur dont les plus anciens du village racontaient qu’ils  l’avaient connu arpentant le territoire avec sa voiture attelée d’un mulet, à la  recherche de blé à moudre. Sans doute alors était-il déjà en proie aux affres de  la redoutable concurrence exercée par les minoteries industrielles en voie de  développement. Il ne paraît pas très certain de ses origines puisqu’en 1906 il  déclare à l’agent qui procède au recensement de la population qu’il est né à  Walincourt en 1851 alors qu’en vérité il est né à Dehéries le 4 avril 1849. Mais  ce que l’on retiendra surtout et avec le plus grand intérêt, c’est qu’il est  issu d’une « branche  meunière » dont les origines remontent loin dans le temps. Et ce faisant il  est une figure  à part dans le monde de la meunerie walincourtoise, justifiant  en quelque sorte qu’on ait donné son nom au moulin. 

Lorsque éclatera la guerre de 1914, on  peut dire que le sort des moulins à vent et par conséquent celui du moulin  BRUNET, est scellé, à l’image de celui de Maître Cornille dont Alphonse DAUDET  conte si joliment la fin dans ses « Lettres de mon moulin ».La suite ? On la connaît. En  1916, les Allemands décapitent le moulin, haussent les murs et percent de  nouvelles ouvertures pour installer un poste de garde qui fonctionnera jusqu’en  1918. Après la guerre commencera la longue et interminable agonie du moulin  bannier de Walincourt jusqu’à ce que dans les années 1990, une poignée d’hommes  et de femmes courageux, déterminés, organisés en association (les amis du vieux  moulin) entreprenne sa restauration (voir la page du site consacrée à cette  aventure). 

Devenu une     entreprise industrielle ordinaire par la libération en 1789 du droit de     mouture, le moulin BRUNET a ainsi connu un siècle de prospérité relative     avant de sombrer sous les assauts conjugués du progrès technique et de la     folie meurtrière des hommes.
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